Pénurie de 40 000 ingénieurs par an en France : Ce que le classement Pisa nous révèle

Le secteur technologique et industriel français subit un choc sans précédent. D'un côté, les postes très qualifiés de chercheurs, d'ingénieurs et de développeurs subissent des vagues de délocalisations de leurs centres R&D vers l'Asie ou l'Inde. De l'autre, la classe politique multiplie les promesses vertigineuses pour faire de la France une puissance de l'intelligence artificielle. Entre crise du système éducatif et surenchère électorale, le marché de la tech cherche sa trajectoire.
L’érosion scientifique confirmée par l'OCDE
Les classements PISA de l'OCDE dessinent une trajectoire préoccupante pour le système scolaire français (découvrir les analyses et rapports PISA de l'OCDE). En mathématiques et en sciences, la baisse constante des résultats traduit une fracture inquiétante par rapport aux pays d'Asie de l'Est.
L'éviction initiale des mathématiques du tronc commun au lycée a accentué la désaffection pour les filières scientifiques, particulièrement chez les jeunes filles (lire l'analyse du Figaro Étudiant sur l'impact des réformes). Le vivier d'élèves capables d'intégrer les grandes écoles s'amenuise d'année en année.
Le mur de la souveraineté et la menace du recrutement international
« Entre 2015 et 2025, les jeunes Français ont perdu 35 points en mathématiques et 43 en français, ce qui correspond à deux années scolaires d'apprentissages en moins. [...] Dans dix ans, nous devrons recruter les deux tiers de nos ingénieurs à l'étranger. »
Jean-Baptiste Nouailhac, cofondateur d'Excellence Ruralités
D'après la Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d'Ingénieurs, il manque déjà 15 000 à 20 000 diplômés formés sur le sol national chaque année. Sans réarmement éducatif rapide, la France risque de devoir importer la majorité de ses compétences pour éviter le blocage stratégique de ses industries.
Quand la R&D prend le large et que l'IA bouscule l'emploi
Alors que la France peine à alimenter son vivier local, les grands groupes industriels réarbitrent leurs investissements R&D vers des pays émergents dont la montée en gamme est spectaculaire.
Des réductions de 15 à 20 % des effectifs d'ingénierie chez Renault aux fermetures ou ventes de bureaux d'études chez Bosch, Valeo, Forvia ou Seb, les coupes budgétaires touchent désormais de plein fouet les cols blancs (découvrir l'enquête du Monde sur les délocalisations de cadres et d'ingénieurs). L'IA générative et la compétition mondiale poussent les entreprises à automatiser ou à délocaliser là où les compétences sont abondantes.
La surenchère politique face à la réalité du terrain
C'est dans ce contexte tendu que la course à l'Élysée s'accélère. Pour contrer la fuite des talents et imposer la France dans la course à l'IA, les candidats rivalisent d'annonces massives (consulter l'analyse de 75 Secondes sur les promesses IA des candidats).
« Il faut faire passer le nombre d'ingénieurs formés de 40 000 à 100 000 par an et instaurer un droit à la reconversion pour les métiers les plus menacés par l'automatisation. »
Édouard Philippe, candidat Horizons.
Entre le programme « France 2040 » de Gabriel Attal promettant 200 milliards d'euros d'investissements et les objectifs de tripler les promotions d'ingénieurs, les ambitions sont colossales. Mais le monde de l'enseignement supérieur tire la sonnette d'alarme : sans moyens humains et financiers dans les universités pour combler le retard accumulé dès le collège, ces objectifs quantitatifs risquent d'être inatteignables.
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