PortraitsLe 18/05/2026

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Interview de Florent L'HELIAS, développeur freelance et référent programme au sein de Digital Campus
1. Décrivez-vous en quelques phrases ?
Je suis développeur freelance et formateur depuis plusieurs années. J'ai repris les rênes de la référence tech chez DC il y a bientôt 5 ans. Les trois premières années, je m'occupais uniquement de la filière Bachelors dev. Puis j'ai progressivement récupéré la totalité de la filière, les Mastères Tech Lead il y a deux ans, puis la filière Bachelor IA & Automation, afin de pouvoir construire un programme vraiment cohérent de bout en bout. C'est pas mal de boulot, mais ce qui me motive profondément, c'est de pouvoir suivre les étudiants sur l'ensemble de leur parcours chez DC. Les voir grandir, réussir, les conseiller, les coacher, voire les épauler dans des moments plus difficiles. Être référent, ce n'est pas qu'un rôle technique ou pédagogique, c'est avant tout un rôle humain, et c'est ce que je place en priorité dans ma mission.
2. Que proposez-vous comme programmes dans votre secteur ?
Tout d'abord, pour la filière tech, je construis une progression cohérente de bout en bout. En B1, l’objectif est de poser des bases solides : algo, HTML/CSS, JavaScript, CLI, Python, Git, UML, méthodologie projet, etc. Les étudiants acquièrent les fondamentaux nécessaires pour comprendre la logique du développement et commencer à produire des projets simples mais structurés. En B2, on monte progressivement en compétence avec l’introduction de frameworks en continuité avec les stacks vues en B1. On aborde également la sécurité, les bonnes pratiques de développement, ainsi que l’usage de l’IA dans une logique de productivité, d’analyse et d’assistance au développement. Les étudiants travaillent sur des projets concrets, des cas pratiques et des challenges compétitifs afin de renforcer leur capacité à produire dans des conditions proches du réel. Puis en B3, les étudiants se préparent au titre, donc ils sont amenés à davantage d’autonomie. J'axe le programme sur la culture DevOps/cloud, CI/CD, AWS etc. et la capacité à piloter une équipe technique. Cette année constitue aussi une passerelle naturelle vers le Mastère Tech Lead, qui s’inscrit dans une logique de double spécialisation sur deux ans : cybersécu et IA. Les étudiants y apprennent les arbitrages techniques, qualité, cryptographie, machine learning, deep learning, etc. En fin de parcours, les étudiants disposent d’une vision complète du métier : conception, développement, sécurité, pilotage, innovation et stratégie technique, et l'alternance leur permet d'obtenir une réelle crédibilité à la sortie de l'école. Ensuite, pour la filière IA & Automation qui s'adresse aux bachelors dès la B2, la logique est différente. Elle ne s'adresse pas nécessairement à des profils techniques, nous savons que les concepts de développement peuvent être un frein. Aujourd’hui, il est possible de créer des solutions puissantes sans écrire une ligne de code, à condition de comprendre les outils, les logiques d’automatisation et les cas d’usage métier. L’objectif est donc de former, sur deux années, des étudiants capables de maîtriser un panel large d’outils IA et de construire des plateformes connectées grâce à l’automatisation. Les étudiants découvrent les outils généralistes en IA et en automatisation comme Make, Zapier, n8n, et en B3, on complète ces acquis par des chapitres plus spécifiques comme comment gérer les performances d'une application no-code, comment paramétrer une IA pour orchestrer un certain nombre d'outils no-code ou vibe-codés.
3. Comment sont formés vos programmes ?
Les programmes sont construits en alternance théorie/pratique, avec une part croissante de projet au fil des niveaux. En B1, on commence par des cours magistraux pour poser les fondamentaux. Chaque module de cours se finalise par un challenge en général. On utilise l'IA comme outil d'apprentissage de façon guidée et critique. Je les accompagne pour analyser, comprendre et améliorer le code généré. Au fil des années, la documentation technique devient un fil rouge de plus en plus exigeant. En M2, le projet se réalise sur deux ans, les étudiants doivent tout justifier : matrices, diagrammes, choix architecturaux argumentés. On me dira que ce n'est pas toujours demandé en entreprise, certes. Mais au moins, mes étudiants sont capables de parler architecture et de défendre leurs décisions avec des arguments solides. Enfin, l'alternance est un pilier fondamental. On veut qu'à la sortie du M2, nos étudiants ne soient pas perçus comme de jeunes recrues, mais comme des profils ayant déjà plusieurs années d'expérience professionnelle réelle. Et les résultats parlent d'eux-mêmes. Lors des Masterdev 2025, pour une première participation de DC, l'un de nos étudiant a terminé 1er de sa poule et 35e sur 800 candidats, pros et non-pros confondus. Le deuxième est arrivé 99e. Les M2 participent également à des événements mondiaux comme Kaggle IA et les résultats sont plutôt encourageants. L’objectif est de les pousser à se dépasser en permanence, à relever toujours plus de défis et à ne jamais se reposer sur leurs acquis.
4. Comment préparez-vous vos programmes ?
Je suis en permanence ce qui se passe dans l'écosystème : sorties de frameworks, nouvelles stacks, évolutions de l'IA... J'ai automatisé un process de veille et j'en fais profiter les étudiants directement. Je me renseigne aussi beaucoup sur l'actualité tech à l'étranger. De plus, il y a une dimension géopolitique qu'on ne peut plus ignorer : avec les tensions mondiales actuelles, l'Europe réalise qu'elle est trop dépendante des outils américains. Je garde un œil sur les technologies européennes qui pourraient monter en puissance, notamment dans le secteur du cloud. Si les grandes entreprises ou PME européennes commencent à exiger des profils formés à des solutions européennes, je n'attendrai pas pour faire évoluer encore mes programmes et faire que mes étudiants soient en maîtrise de ces nouveaux outils. Ensuite, mon activité pro me permet d'enseigner ce que je pratique, mes échanges réguliers avec mon réseau professionnel. Et enfin, l'écoute. Les étudiants alternants ramènent des retours très concrets depuis leurs entreprises. Il y a 3 ans, un étudiant m'a parlé de Rust. J'avais déjà lu quelques articles, je me suis remis dessus, j'ai benchmarké, et sa montée en puissance était difficile à ignorer. Aujourd'hui, Rust est intégré en Mastère depuis presque 3 ans sur un projet du premier semestre. C'est un bel exemple de ce que peut apporter l'échange avec les étudiants. Toujours est-il que les retours terrain, les tendances du secteur, c'est un travail continu.
5. Quelles actions/activités proposez-vous aux étudiants pour améliorer l'apprentissage ?
Beaucoup de choses, et c'est un axe sur lequel je me remets constamment en question. Je m’appuie systématiquement sur les retours des étudiants et parfois leurs idées deviennent des sources d’inspiration, parfois je suis à l’origine des concepts, mais l’objectif reste toujours le même : renouveler les méthodes d’apprentissage en rompant avec les approches traditionnelles. Dans cette logique, je mise fortement sur la gamification : défis, challenges et compétition saine entre étudiants. Cette année, par exemple, le responsable, de la compétition interspécialités des B3, a intégré un système de jeu de rôle. C’est un format original, particulièrement efficace, et qui correspond parfaitement à l’état d’esprit que je cherche à insuffler. Et pour l'an prochain, un nouveau concept verra le jour pour mes étudiants, mais je n'en dirai pas davantage car je ne veux rien faire fuiter et garder la surprise jusqu'au bout. À mes yeux, enseigner dans une école du digital implique d’innover en permanence. Ne pas faire évoluer ses méthodes serait en contradiction avec les valeurs mêmes d’un secteur en constante transformation.
6. Quels sont les partenariats mis en place avec les entreprises ?
Beaucoup, et c'est vraiment l'une des forces de DC. L'idée avec ces partenariats, c'est que des entreprises réelles viennent challenger les étudiants sur des problématiques concrètes. SNCF Connect, l'ARCOM, Décathlon... arrivent avec un vrai sujet, une vraie contrainte de temps, et les étudiants doivent trouver des solutions. Ça prend différentes formes : compétitions, workshops, hackathons. Un projet cette année m'a particulièrement marqué. Le client, c'était Vera, une IA française de fact-checking, et l'enjeu était d'inciter les 18-25 ans à vérifier les fake news. Les porteurs de projet ont été impressionnés par la qualité et l'originalité des solutions. Mes étudiants se sont dépassés et certains d'entre eux ont même été recontactés directement. Et ça, c'est la meilleure preuve que le travail a de la valeur. Et puis au-delà des compétitions, les partenariats prennent aussi la forme d'un événement annuel, la Maker Week. Le principe est simple : sortir les étudiants de leur spécialité pendant une semaine entière, sous forme d'ateliers thématiques comme IA & Design, Réalité Virtuelle, IA & création visuelle... Chaque atelier est dirigé par des partenaires de l'école : Adobe, Autodesk, Notion, Make, Squarespace, Magnific, Creatis... La 5e édition vient de s'achever et cette année, l'idée était de « mettre l'IA et les outils digitaux au service de projets qui ont du sens », pour reprendre les mots de David Prud'homme, le directeur.
7. Quel est l'avenir du métier développeur avec l'essor de l'IA ?
On n'a pas attendu pour intégrer l'IA dans les cours, même si j'avoue avoir eu quelques interrogations au début. Aujourd'hui, elle est pleinement intégrée, notamment grâce aux nombreux partenariats de l'école avec de grands groupes comme Microsoft ou Adobe, qui permettent aux étudiants d'avoir des licences gratuites sur des solutions IA concrètes. Mais l'enjeu pédagogique majeur, c'est d'apprendre à les exploiter intelligemment : lire et auditer le code généré, comprendre pourquoi ça fonctionne. On ne forme pas des développeurs à l'ancienne, mais on ne forme pas non plus de simples exécutants qui copient-collent ce que l'IA produit. On forme des développeurs architectes, qui utilisent l'IA pour gagner en productivité, mais qui gardent la main sur les décisions techniques. Et je pense que c'est exactement là que va le métier : le développeur de demain sera moins un codeur ligne par ligne, et plus un orchestrateur de solutions. Celui qui sait spécifier, architecturer, et faire les bons choix techniques, c'est exactement le profil qu'on forme chez DC.
- Vues37
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