

Vay ou la promesse du « Uber 2.0 » : quand la téléconduite allemande réinvente la mobilité

C'est une scène digne d'un film de science-fiction, mais qui est désormais une réalité dans les rues de Berlin ou de Las Vegas. Vous sortez de chez vous, vous commandez un véhicule sur votre smartphone, et quelques minutes plus tard, une voiture vide s'arrête silencieusement devant votre porte. Personne au volant. Vous montez, vous conduisez jusqu'à votre destination, vous descendez et vous partez sans vous soucier du stationnement. La voiture repart d'elle-même, pilotée par une main invisible. Ce scénario n'est pas un rêve lointain, c'est le modèle opérationnel de Vay, une startup allemande qui est en train de bousculer les codes du transport urbain. Avec une approche technologique pragmatique et un modèle économique redoutable, l'entreprise promet de devenir le « Uber 2.0 » que le marché attendait.
Un succès fulgurant de Berlin au Nevada
L'ascension de Vay impressionne par sa rapidité et la solidité de ses appuis. La jeune pousse allemande ne joue déjà plus dans la cour des petites startups expérimentales : elle revendique aujourd'hui 200 employés et a réussi à lever la somme colossale de 200 millions de dollars pour financer son expansion. Contrairement à de nombreux projets de mobilité restés au stade du prototype, le service est opérationnel et a déjà fait ses preuves sur le terrain avec plus de 35 000 trajets effectués à ce jour.
Présente à Berlin et Hambourg, l'entreprise a également franchi l'Atlantique pour s'implanter à Las Vegas, terre promise de l'innovation automobile. L'ambition de Vay ne s'arrête pas au simple service de location courte durée. À terme, la société envisage de déployer un mode « chauffeur à distance », où le client serait conduit tout du long par un téléopérateur, transformant le service en véritable alternative aux VTC traditionnels, mais sans chauffeur physiquement présent dans l'habitacle. Une vision qui séduit les investisseurs, convaincus que le modèle de la possession automobile individuelle vit ses dernières heures.
Une technologie maîtrisée pour des prix cassés
Le secret de Vay repose sur le « teledriving » (la téléconduite). Concrètement, les véhicules sont bardés de quatre caméras haute définition qui retransmettent l'environnement en temps réel à un poste de pilotage distant. C'est là, assis devant des écrans, qu'un opérateur humain prend le contrôle pour livrer le véhicule au client ou le ramener au dépôt une fois la course terminée. Pour des raisons de sécurité évidentes, la vitesse est bridée à 40 km/h et les trajets sur autoroute sont proscrits.
Cette logistique optimisée permet une politique tarifaire ultra-agressive. Le modèle coûte environ 0,35 $par minute lorsque vous conduisez et seulement 0,05$ par minute lors des arrêts. La comparaison avec la concurrence est sans appel : pour un trajet aller-retour de 30 minutes incluant une pause d'une heure et demie (pour un rendez-vous ou des courses), la facture s'élève à environ 25 dollars. C'est, en moyenne, deux fois moins cher qu'un trajet équivalent effectué avec un Uber classique. En supprimant le coût du chauffeur pendant le trajet du client et en optimisant le temps des téléopérateurs, Vay casse les prix du marché.
Le triomphe du pragmatisme face au tout-autonome
La véritable force de Vay réside dans son intelligence stratégique. Alors que des géants comme Waymo (Google) ou Cruise brûlent des milliards de dollars chaque année pour tenter de mettre au point une intelligence artificielle capable de gérer 100 % des aléas de la route (le fameux niveau 5 d'autonomie), Vay a choisi une voie médiane.
L'entreprise allemande fait le pari de l'hybridation : elle automatise uniquement la logistique (l'apport et le retrait du véhicule) mais laisse la partie complexe de la conduite au client. De plus, elle mutualise ses ressources humaines : un seul téléopérateur peut gérer jusqu'à 10 voitures (de manière séquentielle, non simultanée), optimisant drastiquement la masse salariale.
Cette approche permet de contourner deux obstacles majeurs qui freinent le secteur : la complexité technologique extrême de la conduite autonome totale et les barrières réglementaires très strictes. En gardant un humain dans la boucle (le téléopérateur ou le client), Vay rassure les régulateurs et permet un déploiement beaucoup plus rapide que ses concurrents 100 % robots.
En somme, Vay prouve qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la voiture autonome parfaite pour révolutionner nos déplacements. En combinant ingéniosité logistique et téléconduite, la startup offre une solution immédiate, économique et fonctionnelle aux défis de la mobilité urbaine. Si Waymo vise la lune avec des robots-taxis futuristes, Vay garde les pieds sur terre et conquiert le bitume, kilomètre après kilomètre. Reste à voir si ce modèle pourra passer à l'échelle mondiale sans encombre, mais pour l'heure, le voyant est au vert.
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