

Vidéosurveillance algorithmique : Quand l'IA s'invite dans la lutte contre le vol à l'étalage

"Souriez, vous êtes filmé… et analysé." Ce lundi, l'Assemblée nationale se penche sur une proposition de loi qui pourrait redéfinir les frontières de la sécurité dans le commerce de détail. Porté par le député Paul Midy (Ensemble pour la République), le texte vise à autoriser l'usage de caméras dotées d'intelligence artificielle pour détecter les comportements suspects en temps réel. Alors que le vol à l'étalage représente un fléau économique chiffré à plusieurs milliards d'euros par an, cette technologie promet une efficacité redoutable, mais soulève, en corollaire, d'intenses débats sur les libertés individuelles.
Le constat : un fléau économique difficilement maîtrisable
Le commerce physique fait face à une hémorragie silencieuse : la démarque inconnue, dont le vol à l'étalage constitue une part majeure. Pour les commerçants, la surveillance humaine atteint ses limites physiques. Comme le souligne Paul Midy, « la plupart des commerçants utilisent des systèmes de vidéosurveillance [...] mais ils ne peuvent pas tout surveiller en permanence ».
Un agent de sécurité ou un gérant de boutique ne peut avoir les yeux rivés sur dix écrans simultanément tout en gérant la clientèle. C'est dans cette brèche, celle de l'inattention humaine naturelle, que s'engouffrent les voleurs. Le coût de ces larcins se répercute inévitablement sur les marges des entreprises et, in fine, sur les prix payés par les consommateurs honnêtes.
La solution technique : l'analyse comportementale par ia
C'est ici que la technologie, incarnée par des startups comme Veesion, entre en jeu. Contrairement à la reconnaissance faciale qui identifie qui vous êtes (ce qui pose d'immenses problèmes légaux), ces nouveaux logiciels analysent ce que vous faites.
L'intelligence artificielle est entraînée pour repérer des gestes spécifiques associés au vol. Par exemple, le système peut détecter un client qui placerait dix produits directement dans un sac à dos sans passer par le panier, ou des mouvements de dissimulation rapides.
Une fois le geste suspect identifié par l'algorithme, une alerte est envoyée en temps réel sur le smartphone du commerçant ou de l'agent de sécurité. Cela permet, selon les promoteurs du texte, des « signalements plus précis » et une intervention immédiate, transformant la caméra passive en outil de détection proactif.
Les enjeux : sécurité versus libertés publiques
Si la promesse d'efficacité est séduisante pour le secteur du retail, le texte suscite des inquiétudes légitimes du côté des défenseurs des libertés civiles. L'automatisation de la surveillance marque un changement de paradigme. Nous passons d'une surveillance a posteriori (visionner les bandes après un vol) à une surveillance algorithmique prédictive et systématique.
Les craintes portent sur le risque de « faux positifs » (un client honnête accusé à tort par la machine) et sur la banalisation de l'analyse biométrique des comportements dans l'espace public. Le législateur devra donc trouver une ligne de crête étroite pour encadrer strictement l'usage de ces données, garantir qu'elles ne servent qu'à la prévention des vols, et rassurer sur l'absence de fichage généralisé des consommateurs.
Cette proposition de loi illustre parfaitement le dilemme de notre époque : jusqu'où sommes-nous prêts à déléguer notre sécurité à des algorithmes pour protéger l'économie ? Si l'outil de Veesion et consorts s'avère être une arme dissuasive massive contre le vol, son acceptation sociale dépendra des garde-fous imposés par la loi. La technologie est prête, reste à savoir si la société l'est aussi.
- Vues14


