

70M$ pour deux lettres : Coup de génie ou suicide financier pour Crypto.com ?

Dans la tech, il y a les dépenses rationnelles, et il y a les "moves" de Kris Marszalek. Le PDG de Crypto.com vient de lâcher une bombe : le rachat du nom de domaine AI.com pour la somme astronomique de 70 millions de dollars. C'est officiel, c'est le domaine le plus cher de l'histoire (hors transactions privées non divulguées), dépassant de loin les valorisations d'actifs historiques. Mais derrière ce chèque délirant et une publicité au Super Bowl à 7 millions les 30 secondes, se cache une stratégie bien précise : ne plus être une simple plateforme crypto, mais devenir le guichet unique de votre vie numérique via l'IA. Alors, visionnaire ou mégalo ? Décryptage d'un pari à 70 millions.
De la Crypto aux "Agents Autonomes"
Pourquoi une boîte d'échange de crypto-monnaies s'offre-t-elle le saint graal des noms de domaine tech ? La réponse tient en un mot : Agents. Sous la bannière AI.com, Marszalek ne lance pas un énième chatbot pour écrire des poèmes. Il vise la prochaine grande étape de l'intelligence artificielle : les Agents Personnels (ou LAMs - Large Action Models). La promesse est celle d'une interface capable d'agir sur le monde réel :
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Envoyer des messages à votre place
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Gérer des portefeuilles d'actions complexes
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Mettre à jour vos profils sur les apps de rencontre
L'objectif technique est ambitieux : passer du "Prompt & Read" (ChatGPT actuel) au "Command & Control". Crypto.com veut que AI.com soit le système d'exploitation de votre vie, une couche d'abstraction qui simplifie l'interaction avec la blockchain et le web traditionnel.
La stratégie de la "Super App"
Si Amazon a dominé l'e-commerce en devenant "The Everything Store", Crypto.com veut utiliser AI.com pour devenir "The Everything Interface". En s'offrant ce domaine, ils ne s'achètent pas une technologie, ils s'achètent une légitimité instantanée et un trafic direct (Type-in traffic) monstrueux. Dans la tête du grand public (celui qui regarde le Super Bowl), si tu tapes "AI.com", tu tombes sur "la référence". C'est une stratégie de "Real Estate" digital : acheter l'emplacement le plus cher de la ville pour y construire sa tour. Le pari est que l'adoption massive de l'IA passera par une simplification extrême. L'utilisateur moyen ne veut pas gérer des clés API sur GitHub ou configurer des agents locaux ; il veut une URL simple qui fait tout. Avec une trésorerie solide, Crypto.com tente de préempter ce marché avant que Google ou Apple ne verrouillent totalement l'écosystème.
Une enseigne lumineuse sur une boutique vide ?
Cependant, il faut garder la tête froide. D'un point de vue purement technologique et business, cet achat soulève d'immenses questions. 70M$ pour un URL n'apporte aucun avantage compétitif défendable (Moat). Pas de Tech Propriétaire : Ce rachat n'inclut ni les cerveaux de DeepMind, ni les serveurs de NVIDIA. Pas de Data Exclusive : Contrairement à un rachat d'entreprise, ils n'acquièrent aucune base de données utilisateurs qualifiée spécifique à l'IA. Dans un marché où la barrière à l'entrée est la puissance de calcul (Compute) et la qualité des modèles (le terrain de jeu d'OpenAI, Anthropic et Google), Crypto.com achète essentiellement une immense enseigne néon. C'est un actif d'attention, pas un actif de productivité.
Le risque ? Que AI.com devienne une coquille vide très chère. L'ironie du sort a d'ailleurs frappé immédiatement : le soir même du Super Bowl, sous l'afflux de trafic généré par la pub, le site a crashé. Un rappel brutal que dans la tech, le marketing ne peut jamais masquer longtemps les faiblesses d'infrastructure.
Le rachat d'AI.com par Crypto.com est le symbole parfait de l'exubérance de la Tech en 2026. C'est un pari audacieux sur l'interface utilisateur plutôt que sur le moteur technologique. Si Marszalek réussit son coup, il aura transformé une plateforme de trading en assistant universel. S'il échoue, il restera dans l'histoire comme l'homme qui a payé 70 millions de dollars pour un raccourci clavier, pendant que les vrais géants de l'IA construisaient le futur dans leurs laboratoires. Une chose est sûre : pour l'instant, l'enseigne brille, mais il va falloir s'assurer que l'électricité tienne le coup.
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