

Séisme médiatique : Internet met la Télévision au tapis pour la première fois de l'histoire

L'année 2025 restera gravée comme une date charnière dans l'histoire des médias français. Pour la première fois depuis l'invention du tube cathodique, le règne sans partage de la télévision linéaire a pris fin. Ce n'est plus une prédiction ni une tendance lointaine, mais un fait statistique avéré : le "petit écran" a perdu sa couronne.
Selon le dernier bilan annuel de Médiamétrie, les courbes se sont croisées. Les usages changent, les regards se détournent, et c'est tout un modèle culturel et économique qui se trouve bouleversé. Retour sur une année où le digital a définitivement supplanté le broadcast.
L'érosion inéluctable de la télévision linéaire
Le diagnostic est sans appel. Depuis plusieurs années, la "grand-messe" du 20 heures et les soirées canapé devant un programme imposé s'effritaient doucement. En 2025, l'effritement s'est transformé en chute. La durée d'écoute individuelle (DEI) de la télévision a reculé de treize minutes en un an, tombant à une moyenne de 2 heures et 45 minutes par jour.
Cette baisse n'est pas anecdotique ; elle illustre un désintérêt croissant pour le flux linéaire. Le téléspectateur ne veut plus être passif, contraint par une grille horaire décidée par des directeurs de programmes. La télévision "à la papa", celle du rendez-vous fixe, ne fait plus recette, en particulier auprès des jeunes générations qui ont quasiment déserté le poste traditionnel. Si l'écran de télévision trône toujours au milieu du salon, il sert désormais de moins en moins à regarder les chaînes hertziennes en direct.
Le sacre du Web et de la vidéo à la demande
Si les Français regardent moins la télévision, ils ne consomment pas moins d'images pour autant. Au contraire, leur appétit visuel s'est déplacé et amplifié sur le numérique. Pour la première fois dans les relevés de l'institut de mesure, le temps passé sur Internet a dépassé celui consacré à la télévision.
Les chiffres donnent le vertige : chaque individu passe désormais environ 3 heures par jour sur le web, soit une augmentation fulgurante de 20 minutes par rapport à 2024. C'est un record absolu.
Ce triomphe d'Internet est porté par une double dynamique. D'un côté, l'explosion des usages vidéo sur le web : plateformes de SVOD (Netflix, Disney+, Prime Video), streaming en direct (Twitch) et consommation de replay. De l'autre, l'omniprésence des réseaux sociaux (TikTok, Instagram) qui, via leurs formats de vidéos courtes et addictives ("reels", "shorts"), captent une part gigantesque de l'attention disponible. L'écran de smartphone est devenu le premier écran, celui que l'on consulte du réveil au coucher, grignotant inexorablement le temps de cerveau disponible autrefois dédié aux chaînes historiques.
La contre-attaque des chaînes traditionnelles
Face à ce changement de paradigme, les chaînes de télévision historiques ne s'avouent pas vaincues. Conscientes que le modèle du "tout linéaire" est condamné à moyen terme, elles opèrent une mutation stratégique d'envergure. Si elles ne peuvent pas battre Internet, elles doivent devenir Internet.
Cette adaptation passe par des partenariats stratégiques inédits. Les groupes audiovisuels (TF1, M6, France Télévisions) ne se voient plus comme de simples diffuseurs hertziens, mais comme des éditeurs de contenus globaux. Ils investissent massivement dans leurs propres plateformes de streaming (comme TF1+ ou M6+) pour récupérer sur le web l'audience perdue à la télé.
L'objectif est de rendre leurs contenus accessibles partout, tout le temps, et surtout sur les téléviseurs connectés, qui deviennent la nouvelle porte d'entrée principale. En nouant des alliances avec les fabricants de téléviseurs (Samsung, LG) ou les fournisseurs d'accès, les chaînes tentent de sécuriser leur présence dans ce nouvel écosystème où la télécommande a été remplacée par l'algorithme de recommandation.
Le basculement de 2025 marque la fin d'une époque. La télévision n'est pas morte, mais elle a changé de nature. Elle n'est plus un média dominant et centralisé, mais un flux parmi d'autres dans un océan numérique infini. Pour les acteurs historiques, l'heure n'est plus à la résistance, mais à l'hybridation. Dans ce monde où l'attention se mesure en clics et en temps de scroll, la bataille ne se joue plus sur la grille des programmes, mais sur la capacité à capter l'audience, quel que soit l'écran qu'elle regarde.
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